MARIE PRA EN LIGNE

 

Marie Pra, pseudonyme de Marie-Eléonore Chartier, est une écrivain et dessinatrice française née à Dijon en 1979.

Etudes

Titulaire d'une maîtrise de Lettres Modernes sur l'"Identité juive chez Albert Cohen", et d'un DEA sur "La censure dans l'œuvre publiée de Marie Bashkirtseff[1]", elle publie plusieurs articles sur les journaux intimes féminins dans des ouvrages consacrés à l'autobiographie[2] et aime correspondre avec les écrivains[3]. Elle cofonde très jeune "Le Parti des enfants du monde", une association soucieuse des droits de l'enfant, puis devient professeure de français en collèges et lycées.

Médias

Deux de ses livres trouvent leur éditeur : "Synagogue morne plaine" (2008, Luc Pire), un témoignage sur la conversion au judaisme, et "Naissances à la machette", un roman sur l'homoparentalité (2011, La Muette/Le Bord de l'Eau), qui lui vaut une lettre de Serge Kanony, admirateur français de Louis-Ferdinand Céline.

Peu médiatisée, elle a cependant fait l'objet d'un reportage dans "Des racines et des Ailes : entre Bourgogne et Saône et Loire[4]" à l'occasion de la diffusion numérique de "Fragments de prunelles", une autobiographie intellectuelle devenue "le succès de l'été", qui aurait été suivie par 200 000 lecteurs. Elle est également évoquée dans l'émission "On n'est pas couché", sous divers pseudonymes, dont "Jean" ou "Gene", comme un personnage extérieur.

Hors-commerce

Ses nombreux autres livres, romans comme "Le Rhododendron" (2016), ses nouvelles - le recueil de "La Boite à Révolutions" (2005), -des essais sur le racisme - elle avoue une passion pour Anne Frank -, la cuisine, la sculpture, ses textes personnels et diverses chroniques, sont encore exclusivement diffusés sur numérique, donc autoédités, faute d'éditeur commercial, et souvent lus comme des feuilletons.

Elle possède en outre une galerie de dessinatrice, sous le deuxième pseudonyme de Marie-Eléonore DESPROGES.


(Sources)


1.   Marie-Eléonore Chartier, « Genèse, censure, autocensure », CNRS Editions,‎ 2005, p115-130

2.   Philippe Lejeune, Cher Ecran, Paris, éditions du Seuil, 2000, p 96-100

3.   Pierre Poupon, Le Bouquet des Vendanges, Carnet d'un Bourguignon, Précy-sous-Thil, Les éditions de l'Armançon, 2007, p 331-332 ; p 344

4.   Des Racines et des Ailes, France 3, 29 août 2016.

 


"Ils ne se demandent pas ce que j'éprouve ou ce à quoi je pense ?

- Non, jamais. Ils se disent : c'est juste une Juive."

(Miss Frank, La Femme sans qualités)

"Le soleil avait craché un œuf sur le plat,

une coque de nuages"


En 2016, Marie Pra écrit beaucoup et rencontre en France un lectorat important.

Ses écrits relèvent essentiellement de la fiction, privilégiant les formats brefs (longues nouvelles). Mais elle a également rendu publiques de rares poésies et des chroniques sur des sujets de société : les migrants, les droits de l'enfant, les mangas, des événements culturels..., qui ne procèdent pas de la technique professionnelle du journalisme.

Le fait d'être publiée essentiellement "en réseau numérique", et non sur papier, comme la plupart des grands auteurs, fait que son travail est ignoré par la presse écrite, les émissions littéraires et ne vit que de citations populaires, de journées de rassemblement ou de mentions orales. Ce site a pour but de permettre le référencement de livres non conservés à la Bibliothèque Nationale. 

PRESENTATION DES LIVRES DE MARIE PRA

 

 

Synagogue morne plaine (Editions QUE/ LUC PIRE), 2008.

Dans ce récit, l'auteure, élevée dans une famille athée et non-juive, raconte sa découverte, passionnée et parfois difficile, d'une religion dont elle ignore tout - le judaïsme.

« Et c’est en ceci que ce livre est extraordinaire : ce n’est pas un théologien qui nous fait partager son savoir ni un journaliste qui documente les faits. C’est le récit d’une conversion solitaire, l’expérience d’une jeune femme d’aujourd’hui, issue d’une famille catholique, qui a des amis juifs et musulmans » (L’éditeur)

 "Comme promis je vous prie de trouver sous ce pli une copie de l'émission "Et Dieu dans tout ça ?" à laquelle vous avez participé (...) Je tiens à vous dire que j'ai reçu beaucoup de réactions d'auditeurs après la diffusion ; signe indubitable d'un intérêt certain pour le sujet."(Jean-Pol Hecq, RTBF La Première, octobre 2008). 



Naissances à la machette (La Muette / Le Bord de l'Eau), 2011.

Ce roman, qui a mis dix ans pour rencontrer un éditeur, raconte l'histoire d'un garçon né par insémination artificielle, élevé par un couple de lesbiennes. Il valut à l'auteure une lettre de Serge Kanony qui lui cita, pour la virulence, Mort à Crédit...


La Boite à Révolutions. (Non publié)

Qui veut des contes philosophiques ?

Ce recueil de nouvelles met en scène de jeunes personnages en quête existentielle, dans un monde féérique qui rappelle les contes du XVIIIème siècle, la mythologie grecque et la littérature classique japonaise. Ces petites histoires colorées, écrites à vingt-cinq ans, font aussi appel à la science-fiction, et au style du grand siècle, pour réfléchir aux questions bioéthiques et sociales de notre époque.

 

« Et merci beaucoup ! Je me suis jetée sur La Boîte à révolutions, incapable de résister à la perspective d’une bonne lecture, et j’ai beaucoup aimé. C’est extrêmement bien écrit (on sent l’imprégnation de la culture classique). J’ai particulièrement aimé Du Bruit et de la torpeur, cette petite fable acide et si juste. Il y a un petit côté Chamfort, ça me fait beaucoup penser à l’écriture des moralistes. J’ai quand même été frappée par la persistance du thème de l’origine, qui revient très souvent. Je ne poserai pas de questions (je ne pose pas ce type de questions), mais on sent là un point sensible.

J’espère de tout cœur que ça va marcher pour la publication. Le seul risque, c’est qu’on juge ton écriture trop littéraire justement, pour en vendre quatre-cent-mille exemplaires. Je pense en particulier à Laquelle est sauvée, qui est tout à fait délectable pour qui connaît le circuit universitaire, mais je ne sais pas trop comment ça pourrait être reçu par quelqu’un d’autre. »

Véronique Montemont, chercheuse, écrivain (lettre, 2004).

Pas de critique littéraire !

Ce n’est pas un miroir qui perdit Narcisse, car un objet imposé par les hommes n’eut jamais opéré sur lui ; ce fut l’eau, enjolivée par la lumière du jour, et le doux filet de la rivière, qui venait rider, l’espace d’un souffle, le portrait lisse du jeune homme. Et ce n’était pas tant le visage révélé par l’eau que le bercement du monde qui perçait, ça et là, dans la danse des éphémères, et le remuement liquide, chantonnant, de la source. Ce visage, que la beauté rendait autrefois immobile, apparut vulnérable à Narcisse, fendillé par le vent, coloré de soleil – entouré. Et Narcisse ne put se défaire de cette image qui fuyait, de cette beauté assourdissante, écartelée par la lumière et les éléments. Sans songer à rien, comme on tombe dans un rêve, il se pencha plus loin, plus bas, pour se sauver – se souvenir du Narcisse d’autrefois, seul et jouant avec toute la palette des désirs humains. Son pied glissa et son genou heurta une pierre dure comme un mauvais réveil. Son corps fit un plat contre les flots.

 

(L'ECHO, in "La Boite à Révolutions")

L'Acide Noir.

Dans cette courte nouvelle, contestée pour sa violence et, intitulée dans une seconde version « Chronique du racisme », la narratrice raconte l'histoire de « petits Blancs » victimes de tapage nocturne et détestant les Noirs, dans un quartier difficile.

 

Louise Brooks, Histoire d'une fille sauvée.

Une biographie de la grande - et marginale - actrice du cinéma muet, élaborée en quatre mois, à partir des articles, films, documentaires et biographies de Louise Brooks (1906-1985), dans laquelle s'intercalent des épisodes imaginaires. Un roman secondaire, plutôt sucré et amusant.

 

Autobiographies

 

Préface pour un vaisseau spatial  / Fragments de prunelles

Dans ces deux autobiographies, l'écrivain met en scène son enfance et sa jeunesse d'une façon très resserrée et romancée.

Qu'est-ce qu'être passionnée d'astronomie et d'écriture quand on grandit en HLM, sans autre relation à la culture que l'école ? Que se passe-t-il réellement dans les grandes maisons d'édition, ou à l'Ecole Normale Supérieure ? Existe-t-il de grands écrivains et artistes en Bourgogne ? Que penser de la place du père aujourd'hui ? Que peut-on faire en tant qu'enseignante débutante ? Qu’est-ce qui suscite réflexion au cinéma ? Que nous a racontés une victime de Serge Thion ? 

L'auteure aborde ces questions, prioritaires pour elle, tout en partant de simples expériences.

 

Le Goût d'un avocat

      Un essai sur la cuisine, qui part d'un principe simple : l'auteure , qui a grandi aux sandwichs, n'a aucune culture culinaire. Après examen d’une brochure sur les métiers de la cuisine, elle pose quelques questions, aux propriétaires et serveurs d'un bon restaurant, où on a connu Bernard Loiseau. Le judaisme et un séjour au Japon nourrissent sa réflexion sur la nourriture.

 

Le Poignet d'Eve

 

Ce roman raconte l'histoire d'une femme de vingt ou trente ans, son goût pour la musique populaire japonaise, et sa découverte de l'érotisme. Il plut surtout au public féminin.

 

La Trop grande injustice

 

Mutée à la Cour des Comptes après une longue et infructueuse recherche d'emploi, l'auteure raconte brièvement l'histoire d'amour entre un magistrat et une chômeuse. C'est l'époque Desproges...

 

Le Rhododendron

 

Cette nouvelle, très lue, relate la réadaptation au monde d'un homme qui, ayant connu la guerre, tombe amoureux d'un bébé-médicament devenu femme, devient ami d'une intellectuel nommé Cymbale, lequel ne mâche pas ses mots sur le monde tel qu’il va. Le narrateur tente, grâce aux vertus philosophiques des fleurs, de recouvrer une vision des autres sereine.

- Livre Kindle disponible à l'achat sur Amazon. (Ce livre a été supprimé. Evoqué par le réalisateur Klapish dans le film "Ce qui nous lie" : 0 vente.)

"Un texte inclassable... Quel style, quelle force... une plume syncopée, sublime." (Vérone Editions)

Romans

 

Les Feux verts

Diffusé sur numérique comme un feuilleton, pour un public de trentenaires, cette série de chapitres relate les relations tendues et ridicules de plusieurs hommes et femmes en quête de beaux sentiments, dans le monde du travail ou les fumées du "speed-dating". Des anecdotes fantastiques ou relatives aux apprentis artistes alternent avec une ambiance de thriller.

 

Miss Frank, la femme sans qualités

L'écrivain, passionnée par Anne Frank, a relu ses journaux et biographies pour élaborer un roman imaginaire qui reprend les personnages de l'Annexe, leurs traits de caractère, dans un monde parallèle où la guerre demeure présente. Le regard sur l'Homme, malgré des traits d'humour noir, n'en reste pas moins claustrophobe !

- Livre Kindle disponible à l'achat sur Amazon. - (Ce livre a été supprimé : 18 000 lecteurs en ligne - 0 vente). 



"Le rire, cette attirance des lèvres pour les joues, je l'avais oublié."



Ce que je n’avouais pas, c’est que l’hysope nettoyait, lavait, et que, dès les temps antiques, bibliques, on plongeait cette herbe forte dans le sang. Ayant épuisé mes ressources, je déléguais à une plante le pouvoir d’étouffer les ondes négatives que le monde avait dispersé et qui déposaient leurs larves en moi sous la forme d’une dépression.

      La superstition, c’est cela, elle prend le relais, après l’épuisement de la séduction de l’homme pour ceux qui participent à son destin.

      Alors, dans ma tête, le bonnet bleu vif, violet dynamique, les fleurs heureuses et jeunes de l’hysope nettoyaient une flaque de sang sale.

(Le Rhododendron)

Biographie


Marie Pra nait en Bourgogne, sous un autre nom, en mai 1979.

Elle grandit à Talant, une petite cité résidentielle dans la banlieue dijonnaise. Elle n'aime pas lire et préfère faire du sport avec ses amis d'école.

Ses parents divorcent. Son père, né de père inconnu, souffre d'alcoolisme et se suicide lorsqu'elle a deux ans. Il laisse un disque de chansons et quelques textes poétiques à compte d'auteur. Sa mère, peu soutenue, s'accroche au travail, et la famille maternelle offre à l'enfant de réelles occasions de voyages.

D'un tempérament passionné, Marie adore l'astronomie, apprendre, et vide des cartons entiers de papiers : ses dessins et rédactions sont volontiers montrés par les enseignants aux autres élèves.

Elle ne s'intéresse aux livres et aux arts qu'à treize ou quatorze ans, en découvrant les Journaux d'Anne Frank, puis de Marie Bashkirtseff. Dès lors, elle devient boulimique de lectures et d'écritures, mais rencontre d'énormes difficultés pour être publiée. Son premier roman, "Naissances à la machette", parait en Belgique dix ans après son élaboration, dans une maison d'édition belge.  

Elle devient correspondante, puis amie, de Philippe Lejeune, spécialiste de l'autobiographie. Après une maîtrise sur la judéité dans l'œuvre d'Albert Cohen, elle quitte Dijon et poursuit des recherches universitaires dans le cadre de l'ITEM (rue d'Ulm).

Elle rencontre son compagnon, avec qui elle partagera sept ans de vie commune. Ils auront un chat tigré. Enseignante de français, elle est éprouvée par plusieurs années de maladie, et conserve un poste administratif.

Le philosophe et essayiste Michel Onfray lui rend un hommage au Théâtre de l'Atelier en janvier 2017.



"Quand vous êtes de milieu prolétaire, on peut vous faire tout ça, vous dire : arrête d'écrire, arrête de lire, arrête tes dessins... Et puis après j'apprends que c'était un grand écrivain, je me suis pris pour qui ?"

(Femme, anonyme, à Paris, le 20/01/2018)


Jean-Pierre Desproges, un mythe urbain

Témoignage

"En 2015, j'entendis parler à Paris de "Jean-Pierre Desproges" comme d'un groupe d'intellectuels d'extrême gauche, ou d'une loge maçonnique. Je rencontrai chez mon épicier celui qu'on appelait "le vieux", un petit homme malingre et drôle, fils illégitime porté sur la bouteille, extrêmement bavard ; il me dévorait du regard et abandonna soixante-dix euros à la caisse contre deux bouteilles, par étourderie.

Il vivait avec très peu de revenus et, à l'âge de la retraite, postula pour travailler dans une librairie où je postulai également - et où on ne l'accepta évidemment pas. On l'appelait Desproges - il aurait fait courir le bruit selon lequel j'étais sa femme, ou sa fille. Il décéda sans fortune ; à la fin de l'année suivante, un autre Jean-Pierre Desproges se tira une balle dans la gorge, en laissant une fille et en parlant de "l'effroyable gâchis de l'âme humaine".

En 2015, après plusieurs traumatismes, je souffris d'agoraphobie et sortit errer en long manteau noir et lunettes. Je traversai des quartiers en état lamentable ou m'arrêtai seule dans quelques restaurants. Les serveurs se tenaient en état de paranoia devant une femme seule ; l'un d'eux, tandis que je discutais paisiblement avec le réalisateur Jack Garfein, décréta appeler la police parce que je portais une robe rouge, comme au temps du maccarthysme. Ces hommes de droite qui fantasmaient sur "Desproges" s'attendaient à des insolences, ou une mise à feu et à sang de leur quartier dans des endroits où il ne se passait jamais rien. Ils firent courir la légende selon laquelle je mesurais deux mètres dix. Cela fait petits garçons. Je me suis fait couper soixante centimètres de jambes depuis.

Je me mis à faire des dessins proches de la bande dessinée, de la caricature, dans un esprit proche de la critique sociale d'extrême gauche ; aujourd'hui, j'ai conservé le pseudonyme de "Desproges" en hommage au vieux de l'épicerie.  


"Mes dessins ne sont-ils pas amusants ?... C'est ce que je me dirai quand je serai plus âgé(e), si j'étais toi."
(Jean-François Larios, footballeur, au studio Gabriel)

"Pour Marie-Eléonore Desproges : elle est losée. Evite-toi, tu as des délires... Ce dessin (que tu as fait) est populaire, je te propose d'en faire un deuxième..."
(Plantu, à C Politique).
                              


Même les jolies femmes avaient, sous l’uniforme, des épaules de mâles au combat. La tenue protocolaire abîmait la ligne du cou en l’enfouissant sous les rubans gris d’un foulard cassé, les rondeurs naturelles, au-dessus de la poitrine, se garaient, carrées, dans la chemise, le petit haut blanc dégustaient leurs seins ronds en en faisant l’emblème strict de la marine nationale ; la jupe s’évasait, longue et sombre, autour des jambes. Seuls des escarpins signaient en féminin un ensemble astiqué, grave, celui d’un travail sous plafond solennel.

Au demeurant, il fallait sourire, et qui ne souriait pas insultait le code pénal.

(La Trop grande injustice)


Des Fleurs et du chocolat.

Dans ce modeste essai sur la sculpture, l'auteure, après avoir réfléchi aux propriétés intellectuelles de cet art, rencontre des artistes vivants, comme Alain Triballeau, découvre une anecdote posthume sur le dessinateur Honoré, et remet moqueusement en cause la théorie du genre.



"Je possède des bras ronds, deux ballons pour m’envoler au ciel, et pour les foutre là, s’ils me donnent encore perpette de reproches."

(Le Poignet d'Eve)

Rencontre avec Voltaire


« Je suppose que vous écrivez ? s’enquit-il.

         – Non, hélas, je me contente de vous lire avec admiration et désespoir, car je ne pourrai jamais rire de mes contemporains comme vous avez su rire des vôtres.

         – Mais vos contemporains sont-ils drôles ?

         – Oh çà par exemple ! J’ai un pénible passé, j’ai souvent été malheureux dans le peu de famille qui me restait, et je travaille avec des gens qui trouvent formidable qu’il y ait des familles aussi défaites que la mienne ; d’ailleurs ils m’attachent si j’affirme le contraire.

         – Alors oui, ils sont drôles. Disent-ils ces choses sérieusement, prennent-ils, comme Jean-Jacques, des airs prophétiques ?

         – Oui ! » s’exclama le jeune homme avec enthousiasme, et le rire jaillit enfin de sa gorge.

      Le curieux philosophe n’hésitait guère à poser les questions qui lui montaient aux lèvres :

      « Mais au fait, quel est votre passé ?

         – Je n’ai pas envie d’en parler ! J’aurais trop honte pour moi-même et pour mon siècle.

– Ah-ah ! Eh bien quand ces marauds-là vous persécuteront, vous adopterez la même attitude : Je n’ai pas envie de vous parler ! Vous êtes la honte de notre siècle ! tonitrua Voltaire d’un ton déclamatoire, en roulant les r et en faisant sonner toutes les lettres.

– Je pensais que vous me conseilleriez plutôt : « avancer en ricanant sur le chemin de la vérité… »

         – Non, cela, c’est une phrase que vos collégiens apprendront, mais pour vous… Vous me paraissez souffrir assez pour trouver matière à rire dans la singulière nature humaine ; mais il vous manque surtout d’avoir confiance en vos talents. Le meilleur atout des hommes de lettres. »

      Un voile subtil obscurcissait peu à peu la pièce. Pris de panique, le jeune homme quémanda d’une voix triviale :

      « Monsieur de Voltaire ! S’il vous plaît, un autographe.

      –Autographe ? Qu’est-ce que ça ?

– Un petit mot, sur la première page d’un de vos livres…

         – Tenez mon fils, fit prestement le philosophe, prenant d’une main sèche sa longue plume d’oie, griffonnant quelques lettres, puis tendant au garçon un volume relié en maroquin.

         – Merci de tout cœur, papa », répondit notre héros avec effusion ; et, avant d’avoir pu demander à son idole ce qu’il devait faire de lui-même, il bascula dans un profond sommeil.

 

Cher Patriarche, in "La Boite à révolutions"

Gene Tierney, une psychose collective.


En 2016, Marie Pra est connue sous un autre nom.
A l'occasion de la mention de son texte, "Fragments de prunelles", lors d'une fête haut gratin à Beaune, elle écope d'un V.I.P de mode et de télévision, répondant aux attentes de la haute société : "Gene Tierney, tout le monde se fout de toi !" Or, rien ne la prépare à assumer ce rôle : pas de connaissance des plateaux télévisés, peu de relations, une origine sociale modeste, une famille absente, pas de pratique du théâtre, un statut salarial d'invalidité et donc une réalité quotidienne... au pôle emploi. 
Gene Tierney est une réminiscence cinématographique. A l'origine, il s'agit d'une actrice américaine (1920-1991). D'une grande beauté, placide, elle interpréta des rôles importants dans des films noirs ("Laura", "Péché mortel", Les Forbans de la nuit") ou féériques ("L'Aventure de Madame Muir"). Marion Cotillard lui a superbement rendu hommage dans le film "Alliés", sorti fin 2016.
Le nom de l'actrice est alors constamment employé dans les conversations ; jadis unanimement admirée, elle devient la cible d'un dénigrement permanent. 
Cette distinction au seul physique, vaut à l'écrivain d'être confondue avec une actrice. Etre une actrice supposée lui vaut d'incessantes interpellations, persécutions et journées d'insultes dans les rues et dans les transports. Les journaux étrangers évoquent au sujet de Gene Tierney une imitatrice qui serait une "star rubish" ; un écrivain malade s'en prend violemment à son nom dans "La grande librairie" (26 janvier 2017) : il rend Gene Tierney responsable de son cancer... Il ne semble pas rare que les jeunes filles V.I.P subissent des mauvais traitements. 

"J'aime Machette"

(Michel Onfray, auteur de Fééries Anatomiques, au théâtre).

"Les années quatre-vingts ne furent pas seulement celles de la science-fiction et du rêve grisant, facile, qu’incarnait Neptune : dans les faits, c’était le début du pourrissement social. Les mœurs soixante-huitardes dégénérèrent en individualisme effréné et en provocation clinquante, les anciens révoltés devinrent maîtres de l’opinion publique et élaborèrent des diktats, l’argent caracola en tête de toutes les valeurs et, tandis que le racisme, nouvellement interdit par la loi, rampait, croissait derrière les coulisses, les plateaux de télévision, plus pailletés et assourdissants que jamais, mettaient en valeur des femmes qui se vantaient de faire des bébés sans père. (...) Pour moi, j’étais en enfance comme d’autres partent en voyage : ce serait fête et éternité – tous les jours ou presque. "

Préface pour un vaisseau spatial

COLLECTION PRESTIGE


"Naitre à la machette c'est comme Mourir à Crédit ; en moins long, mais en plus brutal... Des accents céliniens, dites-vous ? Comment ne pas les percevoir dans la violence du récit, dans la révolte qui porte... Quant à la haine, cette haine exilée, elle semble l'écho d'une autre : "Ils me manquent encore quelques haines. Je suis certain qu'elles existent" (Mea Culpa) Merci pour cet envoi."

Serge Kanony


"Bon anniversaire ! Félicitation pour ton livre, je l'ai lu en un après-midi. Je ferai une deuxième lecture moins rapide bientôt. Je l'ai offert à une collègue qui l'a également beaucoup aimé. Nous étions assez d'accord avec ta vision de la procréation médicalement assistée basée sur l'égoisme de la mère plutôt que l'équilibre de l'enfant. Il n'y a qu'une seule chose de fausse dans ton roman, c'est la couleur de l'utérus, c'est rose. Par contre le placenta est très sanglant et rouge. J'ai pris un réel plaisir à lire ton roman. Vivement le prochain... Je pense que tu comprendras, j'apprends doucement le japonais grâce à une amie (japonaise) qui fait du karaté avec moi."

Anne-Cécile, amie d'enfance.


Bonjour,

Ceci n'est pas pour nous. Désolé et bon courage.

Quidam Editeur


Mon intérêt s'est arrêté au style.

Sébastien Drouet, Robert Laffont


"J'ai terminé tout récemment Naissances à la machette. Voilà une histoire au vitriol, ou plutôt... à la machette ! Elle évoque Céline, mais aussi un peu Edgar Poe, en ce que le personnage principal (je ne dirai pas "le héros" !) expose sa vision du monde, y compris jusqu'au délire le plus absolu (le restaurant). Edgar Poe, dans plusieurs de ses meilleurs récits (en particulier "Le Cœur révélateur" et "Ligeia") met en scène un meurtrier dément qui, en exposant son acte, fait apparaître une interprétation délirante de la réalité (...) Un point est cependant très spécifique à votre roman, à savoir que le narrateur délire au sein d'un monde lui-même devenu fou : si des épisodes tels que celui du restaurant ou de l'émission télévisée sont les hallucinations d'un fou, il n'en reste pas moins qu'il n'est peut-être pas fou par hasard, étant le produit particulièrement emblématique d'un monde lui-même devenu fou (cela, nous le vivons avec effarement). Il n'y a plus seulement transgression des valeurs mais inversion des valeurs. Comme le disait Jacques Bainville à propos de toute autre chose (à savoir les défauts du traité de Versailles), "on aura les conséquences". Votre étonnant roman montre l'une d'elles ; c'est en effet à un bestiaire qu'il faut s'attendre."

Jean Hautepierre, écrivain.


"En dépit de beaux élans sincères et touchants pour le livre et la littérature, votre ouvrage d'action ne saurait trouver sa place au sein de nos collections."

Betty Mialet, Robert Laffont


"Chère madame,

Je souhaite publier dans un prochain numéro de notre revue Le Coin de la Table deux poèmes que vous m'avez envoyés."

Jacques Charpentreau, poète


"A Marie-Eléonore

Les meilleurs lecteurs sont les écrivains !"

Amélie Nothomb, romancière


"Marie-Eléonore Chartier, c'était un écrivain brillant. Ce n'est plus que du caprice d'être lue en ligne. Notre époque refuse le brillant. Il faut être prolétaire."

Christine Ockrent, France Culture, le 20/01/2018


"Nous avons trouvé ses poésies magnifiques".

Un agent du Transilien SNCF, Pont Cardinet, Ile-de-France.


"C'est un grand écrivain".

Michel Onfray, philosophe.


Vous souhaitez découvrir les chroniques de Marie Pra ? Anecdotes de théâtre, re-lectures d'auteurs, poésies inédites contemporaines, reportages d'actualité...

Voici le lien pour la lecture :

http://encyclo.e-monsite.com/


         Monsieur Frank avait jadis observé un adolescent dont le pécule valait dix cabarets. Il se moquait de sa fortune et, voyant revenir Anne : « Il faut absolument qu’elle le rencontre. »

      L’adolescent-pécule menait vie grasse et large. On n’exigeait rien de lui. A peine une tenue respectable. Il était libre de sortir en chemise sale – à raison de quatre ou cinq banques, il était excessif de lui demander une parution vous flanquant le respect.

      Si tu as, lui disait son père, n’en fait pas trop. Les femmes te supposeront des dizaines de chemises propres. La chemise sale, c’est pour la signature. La première qui te regarde dans ta saleté richissime, tu lui sous-entends : « J’en ai dix de propres ». Elle sera à toi – sans lambiner. Ce que ta mère te repasse, c’est ta réserve érotique. Tu seras marié dans cinq ans, grâce aux lessives de madame. Elle a vidé son âme pour repasser la tienne. C’est son devoir. C’est le tien de la remercier un jour. Tu seras heureux d’être dépouillé de la repasseuse. Tu la remplaceras par ta femme. Ton épouse deviendra à nouveau un sèche-linge. Elle sera aussi longue à aimer et à durer que ta mère.

      C’est pourquoi, tant que tu es jeune, on t’autorise à faire n’importe quoi – des cheveux non lavés, non rasés, une barbe religieuse, des vêtements troués – tu peux même ramasser une guitare dans la rue, pour devenir poète. Cela en séduira une autre, avec une chemise « choisie pour tes yeux ».

      Le duvet d’argent te tient chaud – c’est pour calfeutrer ce qui est de viande en nous, et qui a chaud, froid, bonheur et mal. Ne montre pas ta viande à toutes les filles.

      Monsieur Frank avait repéré cet adolescent aux chemises sales. Il s’était persuadé qu’il plairait à ses filles. Sans doute était-il si déçu par elles qu’il ne les aimait pas. Il vivait dans la même bulle que ce jour de jeunesse où il avait erré, avec un poignard sur lui, pour en finir.

      Pour Anne… elle ne l’éduquerait pas. Elle se déboiterait l’épaule pour le faire sourire, ou lui raconterait une anecdote – on ne comptait pas sur Anne Frank pour tarir sa réserve. C’était une jeune fille illimitée. L’adolescent-pécule, elle ne l’aimerait pas. Ce serait une « connaissance ». Elle aimait connaître.

      « J’ai faim, je vais acheter un livre, couperait Anne.

      –Je ne l’ai pas lu », dirait la chemise.

 

                                                         

                                                                            (Miss Frank, la femme sans qualités)

A quoi bon lire lorsque ce geste ne naît pas d'une volonté passionnée de se tourner vers ce que proposent les écrivains, un élargissement de la vie, ou une autre grille de lecture des préjugés ?

(Fragments de prunelles)


ANECDOTE


"L'Acide Noir... non", dit Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education Nationale (2014-2017) lors d'un enregistrement récent d' "On n'est pas couché" (18 mai 2017), à propos d'un récit de Marie Pra, cette écrivain "lue en classe", d'après l'aveu d'une jeune fille présente sur le plateau. 

Madame la Ministre exprimait ainsi, furtivement, le fait que ce texte était déconseillé dans le cadre de l'enseignement.

Péniblement élaboré à partir d'une histoire vraie, "L'Acide Noir" est en effet une nouvelle extrêmement violente pour la population noire. Les narrateurs, Blancs, vivent dans un quartier où ils subissent les tapages, diurnes et nocturnes, d'une population noire encore non-intégrée, chômeuse, droguée, et qui, parfois, refuse cette intégration. Les Noirs, dont ils ne connaissent pas d'interlocuteurs "positifs", sont critiqués sur leurs moeurs et insultés de fond en comble. 

 " Les Noirs qui s’ébruitent dans le quartier ne se distinguent ni par leur tenue, digne d’un électricien, ni par leur physique. Ce qui avilit, c’est leur cacophonie, audible de notre quatrième étage claquemuré.

     Jamais un mot de français. C’est un roulis monotone, harassant, interminable comme une réunion de travail.

Ce sont de petits cerveaux de paludier baragouinant comme des sourds dans un porte-voix, gueulant on ne sait quel sabir dans leur téléphone portable."

A la fin de la nouvelle, l'écrivain formule un aveu : elle a commencé à écrire à l'âge de sept ans en écrivant un "livre contre le racisme" ; voir des camarades de classe insultés sur leur odeur la révoltait. Lorsqu'elle écrit le contraire, moins de trente ans plus tard, elle n'a pas, alors, conscience de la violence de son propos. Dans son roman sur Anne Frank, un griot africain vient voir la narratrice pour tenter de chasser le mal qu'il pense encore en elle. 

Dans une deuxième version, légèrement réécrite, "L'Acide Noir" est alors intitulée "Chronique du racisme". Ce sous-titre implique une prise de recul par rapport aux propos des "héros" blancs, et décide d'aborder ces affrontements d'un quartier défavorisé, non en les dédouanant, mais en disant clairement que c'est un texte dont le vocabulaire est raciste, dont les personnages sont devenus racistes, dont le sujet est le développement des instincts violents chez un être humain dont l'enfance fut, pourtant, bercée d'intentions pures. 

La question est : que se passe-t-il dans la tête de ceux qui vivent pareilles situations ? Dans quel contexte en viennent-ils là ? - mais sans spécifier que c'est un bien de détester et de penser comme eux.


Jean ou les malheurs de la vertu

Dans la culture américaine, le prénom de "Jean", comme Norma Jean, rappelle des étoiles montantes du cinéma, des années trente aux années soixante, populaires et démocratiques, issues de milieu modestes ou acquises à des idées politiques "leftist".
En juin a été achevé le roman Si c'est un citron qui raconte la vie de Jean, une jeune "VIP" méditative et errante, à qui il arrive cent mésaventures, avant qu'elle parvienne à trouver protection auprès de son mari et oncle, Carafon.
Ce roman décrit la paupérisation de la vie parisienne actuelle. Réfugiés de Syrie, travailleurs du métro, chômeurs attablés à la soupe populaire, jeu du mépris dans les relations sociales, éloge du viol dans les milieux du théâtre, procès staliniens faits dans la fonction publique, conséquences de la maternité célibataire, goût de la province "qui dépayse", recherche amoureuse hors-norme, tels sont les thèmes abordés par ce récit qui dépeint la vie d'une pauvre jeune fille apparemment célèbre pour toute autre chose qu'elle-même.
Enrichi de 4 illustrations, Si c'est un citron a bénéficié, durant sa diffusion numérique en France, d'une lecture à voix haute en espagnol, à l'attention du public espagnol, par une dame anonyme que nous tenons à remercier ici. 
 
- Livre Kindle disponible à l'achat sur Amazon. (Livre supprimé : biographie d'une jeune femme V.I.P, 0 vente). 


Le Saviez-vous ?


Dans 120 battements par minute, le film de Robin Campillo, les noms de Marie-Eléonore, de Jean (une starlette), et de Jean-Pierre Desproges - cf. noms sur ce site internet - apparaissent cinq fois : scénette ou citation directe, au cours d'un échange ordinaire ; en fond de conversation - rires de groupe - et lors des râles d'agonie du personnage de Sean. 


"Marie-Eléonore, arrête tout ça, tu t'es tapée la honte dans ce film" (Yann Moix).


Il sortit un carton contenant de la poudre d’huîtres et montra ses succulents cartilages.    

 

« Cela guérit le cancer.     

–Ca tombe bien, je n’en ai pas, répondit l’invité.

–Quand j’étais jeune, je connaissais un juif, il s’appelait Laïc.

–Oh, avec un tel nom, Il devait être bien en avance sur son temps !

–Oh moi, j’ai moins eu de chance. A l’école, j’ai toujours été éliminé – éliminé – éliminé ! »

 

      Notre invité éprouva une empathie effrayée pour les dames – et messieurs – des services sociaux chargés de redresser la colonne vertébrale psychique de pareilles personnes, incomplets éthiques, qui achevaient ainsi leur existence – en écrasant voluptueusement des hérissons.

 

      Ce n’était pas à un homme heureux de relever cet univers, comme l’Apollon du Belvédère supportant – seul – le disque imaginaire du monde.

      Le soir, en rentrant chez lui, il fit un rêve. Des individus y couraient sans arrêt, en faisant le tour d’un gymnase de plein air.

      Il y reconnut d’anciens camarades de classes, jadis brillants, et les salua. Ces derniers ne répondirent pas. Leur visage était aussi neutre que les aspérités tourmentées sur la face d’une citrouille. Ils étaient authentiquement muets – seulement, ils couraient – vingt quatre heure sur vingt quatre.

« Ils ne sont jamais fatigués ? demanda-t-il à un travailleur, spécialiste en réinsertion.

– Non, courir, ils aiment cela.

–Il leur arrive parfois de faire autre chose ?

–Oui. Ils font du jardinage. »


Les Feux Verts, roman, extrait. 


Dessins de Marie-Eléonore Desproges


Il est possible de découvrir mes dessins en se dirigeant vers le nouveau SITE :

https://marieeleonoredesproges.odexpo.com/

Par avance merci !



Nouvelles de saisons

"La Valise mauve", nouvelle de Marie Pra, catégorie : drame, est publiée, l'été 2017, sur le site de Short-édition

Short-édition est un éditeur en ligne qui permet à des créateurs de publier des textes brefs. 

Le nombre de lecteurs s'avère très faible et le comité de lecture refuse de promouvoir la nouvelle et d'assurer sa diffusion.

L'hiver suivant, "La bonbonne", en auto-diffusion, rencontre un public plus important, mais est un échec critique. 

Cependant un récit bref, "Sujet clos", parvient à obtenir le plus grand taux de bonne humeur jamais rencontrée en littérature (sur espace numérique), avec une euphorie qui dura tout un week-end, et une évaluation de 50 000 lecteurs.

RUMEURS SUR UN JOURNAL INTIME

1993-2000

 

« Un journal, pour être publiable, il faut que ça ait une unité quelconque, ou que ça mène quelque part, les gens veulent une histoire, un sujet… - Je vous parle là en termes d’édition. Comment d’ailleurs assumeriez-vous le fait de mettre dans le bain tous ceux qui vous entourent et qui, même en changeant les noms, se reconnaîtraient fort bien ? Et ne regretteriez-vous pas d’ici quelques années d’avoir donné à votre journal une forme et une publicité qui vous empêcheraient d’en tirer d’autres partis que vous ne voyez pas maintenant ? – Je m’aperçois que je débats ainsi le pour et le contre d’une publication qui me semble improbable, peut-être pas souhaitable, mais nullement impossible, ni chimérique à souhaiter. » (Philippe Lejeune, lettre, août 1999).

Mon journal d’adolescence, jadis lu par les bénévoles de l’Association pour l’Autobiographie, siégeant à Ambérieu-en-Bugey, je l’ai abrégé ; à peine avais-je achevé ces deux documents sur mon ordinateur qu’un lecteur inconnu, expert en téléchargements, me dit : « Nous serons 1500 ». On ignore qui a délayé la distribution. Le témoignage, commençant par le récit d’un collège en zone sensible, a été découvert par un nombre non-défini de jeunes lecteurs ; plusieurs intellectuels, l'estimant rare par la tenue des propos, et d'un ordre littéraire, l’ont reconnu, sur déclaration orale faisant foi, comme un livre numérique « admis au patrimoine ».


Journal d'une adolescente, 87 pages./ Journal d'une jeune fille, 43 p. Livre numérique. 



Lundi 08 mars 1993

Aujourd'hui, avant de retourner à l'école, j'étais stressée comme au matin d'une grande compétition. Pourtant, je n'avais rien à redouter, si ce n'est de devoir remettre le pied dans un collège auquel ne sont pas rattachés que des souvenirs positifs. La façade du bâtiment est noire, avec de grosses fenêtres carrées, qui me font penser à des yeux de mouche; sur les murs, on voit parfois quelques fromages écrasés, ou de la sauce tomate s'éparpillant en larmes. L'administration a même installé un panneau vierge afin que les élèves puissent y mettre leurs graffitis obscènes. Il va sans dire que ce tableau n'est plus vierge depuis longtemps.

Le papier toilette roule jusque dans les couloirs. Mais la cantine est bonne, les enseignants sont bien dans l'ensemble. On ne peut pas leur demander de motiver ceux qui ne sont pas capables de motivation. Moi, je suis attentive par nature, et aussi parce que je ne veux pas me retrouver chômeuse.

Certaines classes travaillent. Pas la mienne.

Ma classe est la plus bruyante de toutes les quatrièmes. Elle est en train de mener à bout de souffle un jeune professeur d'histoire, à qui l'expérience et l'autorité font défaut. Tandis que les élèves chantent en choeur à haute voix : "Lundi... Mardi... Mercredi...", le pauvre enseignant sort de son cartable son petit calepin zébré de zéros et qu'un élève a appelé, par dérision, le "cahier magique". Il hausse le ton, et menace les cancres du fond de leur en ajouter un ou deux à leur collection. Les zéros s'additionnent et le brouhaha s'amplifie. A ce moment-là, la sonnerie annonce la fin du cours. Sans plus attendre, les élèves bousculent leur chaise, et se ruent vers la sortie avec des murmures de satisfaction à dégoûter tout enseignant.

Le petit professeur d'histoire va faire son service militaire l'an prochain. En parlant de lui, on sourit et on répond qu'il l'a déjà fait avec nous.

Moi, ce professeur, je le respecte. Il essaie d'être conciliant, mais les garçons de ma classe sont impitoyables pour les gens faibles. Je suis assise devant, et pendant qu'ils bavardent, je travaille. Mes amies aussi. Nous ne sommes pas bien vues ; surtout moi. Hors des cours, je passe le plus clair de mon temps à m'ennuyer, parce que mes camarades ne parlent que de choses dépourvues d'intérêt ; j'ai le sentiment de n'avoir pas le même âge que les autres. Alors je vais me promener toute seule sur la pelouse. Et toute la cour me connaît ainsi, je suis la promeneuse solitaire du collège. La récréation finie, je m'adosse contre un mur, et je réfléchis ou je me raconte des histoires. Aujourd'hui, j'étais exactement dans cette position là : contre le mur, les yeux je ne sais où. Samir, un des plus grands idiots de la classe, me dévisagea avec peu de sympathie, et me lança : "T'es vraiment une coincée, toi !" Je ne lui répondis rien, ne jugeant pas une réponse nécessaire.

Au collège, il y a deux races : les gens cools et les gens coincés. Les gens cools suivent la mode, fument avec les surveillantes au fond de la cour, se draguent entre eux. L'autre race est mise à l'écart, brimée... C'est l'idéologie du collège. Mais tout le monde, heureusement, n'y adhère pas.

Il est tard, tout le monde doit dormir dans la maison, mais n'importe, je continue ce journal. Je crois que c'est devenu une nécessité intérieure : je constate chaque jour que personne dans mon entourage ne peut vraiment me soutenir; personne ne saurait écouter tous ces mots, toutes ces idées, toute cette rage qui se bousculent dans ma tête. D'ailleurs, je viens de finir le Journal d'Anne Frank ; j'ai tellement aimé, j'ai tant et tant pleuré en le lisant que cela m'a donné l'envie de m'y mettre aussi... Cette pauvre Anne a beaucoup souffert, et pourtant, je l'envie pour la postérité dont elle jouit à présent : tout le monde connaît son nom ! Je doute de jamais figurer parmi les personnes célèbres... Eh bien, qu'est-ce que ça peut me faire ? Je n'en sais rien, mais ça me laisse une impression amère, comme le sentiment d'être délaissée.

 

ROMAN SUR L'OREILLE 

Un frère et une soeur, tendrement unis, se retrouvent. Lui, employé, communique avec les oiseaux… qui parlent français ; elle, jeune écrivain envahie de reproches, mène une vie inconfortable dans les couches populaires et immigrées. Le maniement enthousiaste des textes antiques et médiévaux les accompagne dans leur parcours. Un roman où le goût des civilisations étrangères aide à dépasser les froissements d'une vie pauvre et où, à force de trop entendre autrui, on en vient à définir ses propres besoins. 


Souvenirs sur Michel Onfray (mai 2018)

Ce petit texte, de treize pages, relate les premiers souvenirs de rencontres avec le philosophe Michel Onfray. A plusieurs anecdotes s'ajoutent quelques réflexions sur sa méthode, son public et plusieurs de ses livres. 


Journaux intimes 2004-2008

Numérisés, mais non diffusés, ces anciens manuscrits ont été rassemblés en un seul volume avec quelques notes et l'addition de deux années. La narratrice (je) raconte ses premières années d'enseignement, ses histoires privées et sa vie intérieure. 


A L'ALLER, Petit roman.

Cette histoire de vingt pages raconte l'histoire d'une classe qui suit des cours de philosophie en quatre langues. 

En écrivant ce "petit roman", j'ai voulu, sur le modèle des romans japonais, épurer mon style d'écriture et adopter un rythme de rédaction plus rapide. En effet, la rédaction du "Roman sur l'oreille" a été longue et la fin très difficile, car écrite dans un climat de haine. 


LES SOURCES, Petit roman.

Suite du précédent. Cette fois, c'est à la philosophie juive que les personnages ont recours : Claire, ancienne lectrice de H.D.Thoreau, mère d'une petite fille, vivant à la campagne, a subi un traumatisme. En quoi le mouvement des Lumières juives la concerne-t-elle ?


SENSATIONS, Petit roman. 

Troisième et dernier volume de cette série sur la philosophie : Mata, l'enfant des deux héros - des intellectuels agricoles - est désormais au lycée. Elle se passionne pour la philosophie et écrit, à l'occasion de ses rencontres, les sensations qui ont trait à la matière...


 

               Je m’assis dans le bois, le dos contre un arbre. Le dialogue avec les oiseaux reprit. Un petit lança un grand trille :

« Tu es d’extrême droite ? Tu sais jouer frisbee ? 

-Vuuii », fis-je. Je parvenais mal à articuler le premier sifflement et démissionnai toujours en oui, en i... Non, repris-je, remonté contre moi comme une éminence, frisbee est un jeu dur. »

Je songeai que la forêt avait été perturbée par une jeune fille ou une famille, laquelle avait causé là quelque dégât, en lançant sans gêne un discoplane. Le frisbee avait tailladé un tronc, brisé une branche, causé du bruit et fait des peurs ; le moineau brûlé par ce souvenir traquait, dans le geste et la forme du jeu humain, le retour des brutes. C’est ce que je crus. Oh, je m’indignai en moi-même très fort. Cependant le petit oiseau, chaque jour que le soleil faisait, m’apostropha :

« Tu sais jouer frisbee ? Tu joues du frisbee ? »

        Il mangeait le r et allongeait la voyelle avec délectation, comme s’il se poudrait le museau de gel ; de sorte que je compris, au final, qu’il désirait revoir jouer, et que cette jeune fille sans gêne avait fini par manquer au moineau dans ses journées.

        La voix des oiseaux était pleine d’aplomb. Elle n’évoquait plus le duvet des babillages, les piaillements ordinaires de petits corps dont les paroles rabotent puis caressent l’air comme deux ailes de grillons frottées ; ils me parlèrent de quelques humains qu’ils avaient connus, et le plus haut-perché des cimes s’indigna :

        « Tu n’imagines pas tout ce que nous avons vu dans cette forêt ! I Il y a même eu un homme qui est venu se plaindre de souffrir en i ! »

        Et ils signifiaient par là que l’homme se plaignait beaucoup de sa tête, qu’il existait de plus grandes misères que de penser, que souffrir de critiques lancées comme une quille sur le crâne faisait de ce promeneur un bien immense plaigniard.

        Je faisais l’aller et retour vers eux quotidiennement. Les volatiles m’ébahissaient par leur humour.

« C’est quoi, l’Œdipe ? me demanda un moineau.

-L’Œdipe, répondis-je en sifflant, c’est l’amour.

-Tu fais ton Œdipe avec moi ? reprirent les oiseaux.

-Ve suis très amouveux de vous. »


Il y avait des perles bleues entre les branches et nous sifflâmes ainsi des mots avec entrain tout au long de ma balade en courbe.

        Dans le langage humain, de très longue tradition les oiseaux demeuraient sots. Cervelle d’oiseau signifie superficiel – qui n’a pas lu. Donner des noms d’oiseaux c’est insulter copieusement : on se fait avoir comme un pigeon, on répète comme un perroquet, on ignore tout du sexe en oie blanche, une bécasse est bête ; et cependant la voix flûtée de ces mammifères dessinait un arbre de sons pour premiers de promotion. Leur coffre était intimidant, leur jactance petite et puissante, leur mélodie, susceptibles et désignative, à deux doigts de mordre par le bec.

        Ce n’était point là des mainates, ni des psittacidés, connus par le corps scientifique pour savoir reproduire, puis assimiler, les phrases de l’homme. C’était une chorale de petits.

        

(Roman sur l'oreille, Marie Pra)


L'amour :

Dans ce texte bref, pour la première fois, j'évoque ma relation avec celui qui fut mon compagnon durant sept ans.

Les voeux (pièce de théâtre) :

Quatre personnes sont vouées à se revoir... Dans un studio ou au parc. Il s'agit de deux hommes et de deux femmes. D'autres apparaissent, au plafond de leur studio, comme le Président de la République, ou, dans les rues, un manifestant rappelant un gilet jaune. Que nous apprennent-ils d'eux-mêmes ? Quelle société nous décrivent-ils ? Quels voeux vont-ils faire ? Ma première pièce de théâtre. 

Journal Quatre, Souvenirs de l'époque de mon compagnon (fragments) 2008-2011. "Il s'agit d'un petit journal qui parle de mon compagnon et des faits qui étaient pour moi importants à l'époque. Je n'ai pas tout conservé."

"A la fin du repas je leur ai dit à tous que mon rêve serait de parler japonais couramment et que je les enviais de maîtriser une langue aussi belle, à quoi très étonnés ils me répondirent : "Le français est beaucoup plus beau que le japonais !" (août 2010).


Recueil des poèmes qui ont mis le feu :

Près de quatre-vingt-dix poèmes sur des thèmes comme l'amour, le déséquilibre, la poésie, le rêve, le travail... Toutes les inspirations immédiates sont les bienvenues, pourvu que le ton conserve sa fraicheur et son intensité. La forme est versifiée. Comme ma pièce de théâtre en son temps, j'ai mis ce recueil en recherche d'éditeur.


Que se passe-t-il dans la tête d'un déséquilibré ?

On n'a pas raison gardé

D'y penser ;


Car c'est peut-être moi au fait

Et si cela était

Bien vrai ;


Je verrai si sous son chapeau chevelu

Se cache une vue

Ambigüe ;


Et en rêvassant si sur ses ongles d'orteils

On devine une bouteille

Vermeille.

Le Carrefour :

D'une trentaine de pages, cette nouvelle raconte l'histoire d'une jeune femme qui, suite à un appel téléphonique ne s'adressant pas à elle, décide de se faire appeler Marie. Poétesse refusée, elle rejette le monde du travail. Dialogues avec ses amis, sa famille, méditations.